La situation de la France du point de vue de la pauvreté s’est aggravée dramatiquement au fil du temps. Ils étaient après la guerre, une inquiétude, les oubliés du quart monde, ce qui motiva comme chacun le sait des initiatives privées. Celle de l’Abbé Pierre et d’Emmaüs fut la plus retentissante et reste la plus connue, au moment du terrible hiver de 1954. Il y a toujours eu de la pauvreté dans l’histoire du pays, étant le sujet même ténu d’une partie de la littérature classique française, autour de la condition ouvrière, des difficultés du « petit peuple », que l’on parle de Zola, avec Germinal, ou encore de Victor Hugo et Les Misérables. Cette France est cependant lointaine, avec le XXe siècle et des changements profonds dans la société, la population était passée en très peu de temps, du monde agricole, à une société urbaine, où le « tertiaire » devint bientôt la norme, avec la constitution d’une importante caste de fonctionnaires et de politiciens professionnels.
Dans cet article de Souveraineté Populaire, je me propose d’analyser cette évolution à partir des années 70, en me concentrant ensuite sur la lente dégradation connue à partir de la présidence de François Mitterrand. Nous passerons en revue les présidences successives, les pansements et placebos sur des plaies béantes et enfin sur une dégradation nette et alarmante à partir de l’ère Emmanuel Macron. Ce quart monde a en effet fait l’objet d’un terrible abandon, malgré le mirage de mesures sociales électoralistes, pour l’essentiel des écrans de fumée. Les critiques au milieu des années 80, pointaient déjà du doigt l’abandon de l’État, se défaussant sur des associations, des initiatives privées, comme celle des Restaurants du Cœur, avec l’incroyable aura de Coluche. La solidarité nationale joua comme elle le pouvait son rôle, remplaçant les carences de l’État et surtout son abandon de plus en plus net des pauvres.
Aujourd’hui avec la Macronie des ultrariches, nous avons maintenant les ultras pauvres… Il n’y aura pas cependant de bons gestes… comme au temps de l’Ancien Régime, nous ne verrons pas Emmanuel Macron, ni un seul de ces politiciens faire don de leurs émoluments pour apaiser l’indigence de quelques pauvres.. C’est la République « des sans-dents » de François Hollande, le mépris des « factieux » d’Emmanuel Macron, lançant son fameux : « venez me chercher ! » et offrant à Charles III d’Angleterre un repas à 475 000 euros… dans le château de Versailles en 2023 et la même année 170 autres réceptions somptuaires.
Un peu d’histoire. A la fin des années 60 et au début des années 70, malgré justement cette époque souvent définie comme très prospère pour la population française, le pays était impacté par un important quart monde, d’environ 18,2 % de la population. Sur le papier, les mesures sociales décidées massivement sous François Mitterrand réglèrent le problème en partie… Mais seulement sur le papier. Le régime se lança dans la création de l’État providence, prenant le problème en amont et non à la source. Les chiffres officiels baissèrent rapidement, l’administration des « sparadraps » des aides sociales, d’emplois « jeunes » (TUC), permettant de cacher la misère en faussant les statistiques. Alors que l’aventure des Restaurants du Cœur commençait en 1985, par le célèbre appel de Coluche sur la radio Europe 1 (26 septembre 1985), les chiffres ne faisaient pas illusion, car les minimas sociaux décidés, permettaient seulement de hisser des pans entiers de la société au-dessus des normes de pauvreté… mais les maintenant en réalité dans cette dernière, avec un avenir incertain et des promesses d’une vie de galères permanentes. Le rapport parlementaire d’un député français (lien ci-dessus), publié en 1987 était accablant.
Des artifices pour masquer la vérité. La pauvreté ne cessait en réalité de progresser, le régime versant du mercurochrome sur des factures ouvertes… Officiellement elle se trouvait à 13,8 % à la fin des années 80, remontant par la dégradation de l’économie, du marché du travail et l’arrivée de plus en plus importante de migrants. Elle se situait à 14,2 % en 1996. Sous l’ère Chirac, la remise du couvert d’autres aides de l’État providence, permis d’afficher le meilleur chiffre officiel : 12,4 % de la population se trouvant officiellement sous le seuil de pauvreté (2004). Avec la continuation de mesures insuffisantes, tout en détruisant progressivement les acquis sociaux, les 35 heures firent un moment illusion, mais le mal avait été fait. L’État continua sans vergogne la liquidation déjà importante de l’industrie française, sans parler de la mort lente du monde agricole. En moins de 40 ans, ce monde agricole est en effet passé de 1,6 millions d’agriculteurs, à moins de 700 000 aujourd’hui, soit à peine 2 % de la population active en France. Dans un pays produisant de moins en moins, dans la culture du « Tertiaire », de la mondialisation et globalisation, les résultats ne pouvaient qu’être négatifs sur le court terme. Le phénomène a été aggravé par une pression fiscale de l’État de plus en plus forte. Poursuivant des politiques irresponsables de l’État providence, tous les régimes qui se succédèrent depuis Giscard d’Estaing ne firent appel qu’à un seul et unique moyen : l’emprunt. C’est une des raisons de la constitution d’une dette historique ayant atteint un niveau stratosphérique de nos jours. L’abandon tragique du soutien étatique de la recherche, la liquidation des fleurons français, les nouvelles règles européennes ajoutant au marasme, sans compter l’absence de soutien à l’entreprenariat, ont contribué à leur tour à déconstruire la société française, l’appauvrir et fragiliser.
La France des ultrariches, Sarkozy à Macron. A la fin de l’ère Sarkozy, la pauvreté était remontée à 14,6 %, avec une augmentation de l’effectif des pauvres de 1,3 million de personnes, en moins de 7 ans. Sous Hollande, reprenant les mauvaises habitudes de l’État providence, des primes, notamment d’activités, nouveau pansement sur la plaie béante de la pauvreté, trompa de nouveau les statistiques, pour faire baisser officiellement le taux à 13,9 % (2016). Le président Emmanuel Macron, président des ultrariches et de la finance, allait toutefois battre tous les records d’appauvrissement de la France. Dès après son élection, le taux était remonté à 14,1 % (2017), passant à 14,8 % (2018), puis à 15,4 % (2023). Ce fut la plus forte hausse observée en 30 ans, avec pour la seule année 2023, 650 000 nouvelles personnes passant sous le seuil de pauvreté, tendance confirmée en 2024. A cette date, le seuil de pauvreté était fixé à 1 337 euros par mois pour une personne seule. Mais là encore, les mêmes fléaux furent employés, pour « amuser le bon peuple », primes de Noël, jonglages fiscaux, retranchement ici pour augmenter des impôts ailleurs, mais toujours et encore l’oubli des pauvres. L’INSEE n’a pas publié depuis 2024… de données définitives pour l’année 2025, certainement pour des raisons politiques. A la fin de deux mandats, la Macronie frêne des quatre fers, pour des raisons électoralistes, car ces chiffres sont accablants…
L’effarante situation. L’observatoire des inégalités, utilisant un seuil de pauvreté plus bas, de 50 % du niveau de vie médian, soit environ 1 014 euros par mois par personne, estimait déjà le nombre d’ultras pauvres, à 5,1 millions (2022), tandis que l’INSEE annonçait quant à elle, 11,2 millions de pauvres (en 2021). Pour jouer « sur les pauvres », l’INSEE utilise d’ailleurs deux indicateurs de pauvreté, permettant de minorer le phénomène. Selon la « pauvreté monétaire », l’INSEE n’annonçait plus que 9,8 millions de pauvres… en se limitant aux personnes vivant dans un logement en France métropolitaine, afin d’écarter par un phénomène de ségrégation l’Outre-Mer impactant les chiffres… Cependant, les analystes, y compris ceux sous les ordres de l’État, dont l’INSEE, indiquent une dégradation du marché du travail pour les années 2025-2027, avec une hausse du taux de chômage. Des organismes caritatifs et non des moindres tiraient la sonnette d’alarme dès 2023, déclarant leur inquiétude face à leurs services submergés. Le Secours Catholique-Caritas France a été l’un des premiers, s’alarmant en 2024 : « d’une quasi indifférence générale » et une : « intensification de la pauvreté en 30 ans, avec des gens vivant aujourd’hui avec seulement 565 euros par mois en moyenne, contre 658, il y a dix ans »… Dix ans… la quasi totalité de l’ère Macron…
D’autres associations sont montées au créneau, en vain, comme ATD Quart Monde, parlant des dimensions cachées de la pauvreté : exclusion, souffrance morale, maltraitance sociale et institutionnelle, mépris de l’État, dont le paroxysme fut les insultes révélées à propos de François Hollande, l’homme qui n’aime pas « les sans-dents ». La Fondation Abbé Pierre, spécialisée dans le mal-logement, a sans cesse lancé des cris d’alerte. Le Secours Populaire Français utilisant des baromètres annuels mesurant la perception de la pauvreté par les Français, tirait aussi la sonnette d’alarme, sur la précarisation croissante de la population, avec le développement de fossés profonds dans la société et une vision négative et méprisante des pauvres, s’étant répandue dans la société. Dans un univers dominé par la société de consommation compulsive, le « pauvre » est devenu une cible facile de quolibets, se répandant par divers moyens dans les esprits. Enfin Emmaüs, les Restaurants du Cœur ou Habitat et Humanisme parlent tous d’une augmentation constante du nombre de pauvres et l’apparition de nouvelles catégories de pauvres, les « nouveaux pauvres ». Ces gens sont ceux broyés par le système, laissés pour compte, populations jeunes ou à l’orée de la retraite, personnes victimes d’isolement, de divorces dévastateurs laminant leurs ressources et niveaux de vie. A ce propos, l’incapacité totale de la Justice française à se réformer sur le divorce, avec des procédures très coûteuses et encore très longues, contribue à faire de « nouveaux pauvres ». Entre 2014 et 2024, notons que les ménages, dont on parle peu, ont été victimes de la pauvreté, avec une large dégradation. Aujourd’hui, 60 % des ménages vivent avec un revenu inférieur à 60 % du revenu médian…
Les laissés pour compte. Les plus touchés dans la population en 2024 étaient d’abord les chômeurs, 36,1 % d’entre eux étant des pauvres. La seconde catégorie est celle des familles monoparentales, avec 34 % de ces familles concernées. En troisième place, les enfants de moins de 18 ans, dont 22,4 % vivent sous le seuil de la pauvreté, des chiffres effarants… Enfin, dans la suite logique, les jeunes adultes sont dans les plus pauvres, dans la catégorie des 18-29 ans, ils sont 18,6 % de pauvres. La situation est inquiétante chez les étudiants, alors que 47 % sont des ultras pauvres, ne vivant qu’avec moins de 400 euros par mois et parmi eux, 25 % avec moins de 200 euros. Après avoir payé leur loyer, 60 % dépassent ce montant et 69 % n’ont plus que 100 euros pour vivre jusqu’à la fin du mois suivant. Les privations alimentaires sont massives, 90 % des étudiants précaires limitent la qualité de leur alimentation, 76 % en limitent également la quantité, tandis que 65 % sautent au moins un repas par semaine, voire par jour, des chiffres fournis par l’IFOP en 2025. Pour d’autres, c’est aussi la renonciation aux soins, avec près d’un étudiant sur deux qui renonce aux soins médicaux (47 %). Les conséquences sont très graves, car 30 % ont renoncé à leur choix d’études pour des raisons financières, un nombre inconnu, peut-être autour des 20-22 % ne vont jamais au bout de leurs études pour des raisons de pauvreté. Enfin, pour survivre, les étudiants ont recours à des aides alimentaires, soit 32 % de cette masse fragilisée. Vient ensuite la masse des migrants, de plus en plus nombreuse avec des arrivées importantes dans les années 2020, jamais observées en France, dépassant les 350 000 arrivées, avec un solde migratoire de plus de 180 000. Parmi eux, 18,8 % des migrants étaient sous le seuil de la pauvreté parmi les ultras pauvres (50 % du revenu minima de survie). Ils sont aussi les plus fragiles, constituant la plus grande masse des rangs de la pauvreté, se fixant à 42,4 % des personnes sous le niveau du seuil de pauvreté (ici 60 % du revenu minima de survie).
Un futur sombre et une situation continuant de se dégrader. Selon toutes ses associations et organismes non étatiques, la pauvreté n’est pas une fatalité, mais le résultat… de choix politiques. Pour faire illusion, la Macronie, acteur de cette crise, s’est ridiculisée en mettant en place un « Plan de soutien aux associations de lutte contre la pauvreté »… soit 100 millions d’euros sur deux ans. Là encore, l’État se défausse sur la sphère associative et privée, se désintéressant de la solidarité nationale, tandis qu’en 11 ans, la France a fait cadeau de 155 milliards d’euros pour la guerre… de l’Ukraine (depuis 2015). Que dire… 100 millions d’euros contre 155 milliards. Quoi qu’il en soit, quel que soit le candidat élu en 2027, le défi sera grand, car la Macronie laissera un bilan catastrophique, sur ce plan et tous les autres, en laissant un héritage calamiteux que ne pourront pas éviter les régimes suivants. La pauvreté est un fléau faisant déjà démentir l’ascenseur social par l’éducation et le mérite, tandis qu’une société et un régime qui n’affrontent pas de face la pauvreté, sont indignes devant la Nation, au sens noble et large du terme.
Pour se dédouaner, par la voix du média public de propagande d’État, FranceInfo, la Macronie déclarait par son Ministre du Travail (21 janvier 2026) : « on a un problème de pauvreté dans ce pays, mais les autres pays européens aussi… Parfois même notre taux de pauvreté est inférieur à la moyenne européenne... ». Les pauvres apprécieront l’argument… En sortant de l’Union européenne, coûtant un déficit de plus de 8 milliards d’euros à l’année, cet argent jeté par la fenêtre pourrait être redirigé vers les pauvres… Je dis ça… je dis rien !