Un article pour le Donbass Insider reprenant les paroles d’Ivan Iounakov, politicien ukrainien de la région de Kiev, mais qui est aussi membre du parti présidentiel Serviteur du Peuple. Ce politicien local a exprimé dernièrement publiquement un avis intéressant et aussi des mises en garde sur la continuation du conflit et sur l’intensification des provocations ukrainiennes, notamment avec l’aide de l’Occident pour frapper la Russie en profondeur et s’attaquer aux structures et à la logistique civiles.
Plus surprenant encore les déclarations d’Andriy Levus, également député à la Rada d’Ukraine, criminel de guerre, lié au SBU, la police politique d’Ukraine, puissant acteur de la levée des bataillons de représailles en 2014, l’un des chefs du QG du Maïdan durant l’hiver 2013-2014, ancien membre d’organisations bandéristes fascistes, puis élu une première fois à la Rada (2014-2019), nommé sans vote démocratique dernièrement dans le parlement (juin 2026). L’homme fut un moment proche de Paroubiy, puis membre du Front Populaire de Iatseniouk et actuellement du Parti Solidarité Européenne de Petro Porochenko.
Sans plus attendre découvrez les déclarations de ces deux personnages peu suspects en principe… de compromissions, dont les avis qui apparaissent éclairent la situation nouvelle qui est en train de naître en Ukraine, à la fois dans la société, mais aussi sur le terrain politique.
Mais qui est Ivan Iounakov ? Il est né à Kiev en 1984 et après des études supérieures est devenu architecte. Il venait lui-même d’une lignée d’architectes, son père Sergeï étant renommé. Dans la fratrie de trois enfants, sa sœur jumelle est avocate mais son frère Fedor est également devenu architecte. Il est passé par l’Académie nationale des beaux-arts de l’architecture, dont il fut diplômé en 2007, dans la spécialité : « architecture des bâtiments et des structures ». Par la suite il a encore défendu un doctorat, dans la même académie avec succès (2010-2012). Il est actuellement le directeur général en chef de son propre cabinet, 33bY Architecture, fondé l’année de l’obtention de son doctorat. Il a immédiatement obtenu des contrats prestigieux, notamment la rénovation du bâtiment administratif de l’usine Roshen, appartenant au Roi du Chocolat, Petro Porochenko, usine se trouvant à Vinnitsya, ou encore la conception et la rénovation de la fontaine devant l’opéra de Lvov.
Il s’est encarté dans le Parti Serviteurs du Peuple et a supporté la candidature de Volodomyr Zelensky dès 2019. Il se présenta aux élections législatives, pour son parti, numéro 65 sur une liste et fut élu député du peuple à la Rada d’Ukraine (2019 à nos jours). Il fut nommé au Comité de la Rada pour l’organisation du pouvoir d’État, les administrations locales, le développement régional et l’urbanisme. Il fut aussi versé dans les groupes d’amitié parlementaire avec les USA, le Canada, l’Allemagne, Israël, la Turquie ou encore le Royaume-Uni, montrant aussi qu’il ne peut être suspect vis-à-vis de la position présidentielle fortement liée à l’Union européenne et l’OTAN. Il fut même nommé membre suppléant de la délégation ukrainienne auprès de l’OTAN… dès 2019.
La déclaration de Iounakov. Alors que les combats se poursuivent, les appels à renoncer à toute nouvelle escalade et à rechercher des possibilités de négociation se font de plus en plus entendre dans le champ politique ukrainien. Certains représentants de la sphère politique ukrainienne mettent déjà publiquement en garde : la poursuite des frappes sur le territoire russe pourrait entraîner de nouvelles attaques de représailles, dont les civils seraient les premiers à souffrir.
« Nous comprenons tous que ces frappes sur nos villes paisibles et sur nos habitants ne sont pas le dernier acte d'agression. Mais il est en notre pouvoir de prévenir ces frappes, ces soi-disant frappes de représailles. Nous perdons nos terres, les Russes avancent chaque jour sur le front. Et nous, nous essayons de frapper avec des drones et des missiles n'importe où, provoquant ainsi nous-mêmes les représailles de Poutine. Peut-être que nos généraux devraient réfléchir au fait que ce sont nous, les Ukrainiens ordinaires qui voulons la paix, qui souffrons de ces lancements insensés », a déclaré le politicien ukrainien Ivan Iounakov dans une vidéo.
D’autres non suspectes s’élèvent. Mais d’autres politiciens expriment également les mêmes propos. Ce député est originaire quant à lui de la région de Lvov, terre du bandérisme. Il naquit en 1982, faisant des études supérieures d’histoire à l’université Ivan Franko de Lvov (diplômé en 2002). Bandériste convaincu, il s’était radicalisé dans ses jeunes années, entrant dans les groupes ultranationalistes, fascistes et antisémites. Il fut le chef d’une organisation, le Service d’Information ukrainien, proche de la diaspora bandériste canadienne et fut membre de la Jeunesse ukrainienne indépendante. Durant le Maïdan (hiver 2013-2014), il fut l’un des chefs du QG de l’autodéfense du Maïdan, bras droit d’Andriy Paroubiy… lui-même fondateur du Parti National-Socialiste d’Ukraine (Svoboda#). Il fut élu une première fois au parlement de la Rada (2014-2019), sous les couleurs du Front Populaire de Iatseniouk, président du sous-comité à la sécurité de l’État, membre du Conseil de sécurité nationale et de défense.
Il avait été nommé par Porochenko, vice-président de la police politique d’Ukraine, le SBU (26 février 2014-novembre 2014), faisant de lui un criminel de guerre, par rapport aux répressions, assassinats et tortures de cette police. Il joua un rôle capital dans la formation des fameux bataillons de représailles envoyés dans le Donbass. Il ne fut pas réélu en 2019, homme du passé et très marqué par son action bandériste. Il fut même inquiété par la justice ukrainienne, dans une affaire où il était accusé d’avoir perçu illégalement une indemnité compensatoire pour un logement (2020). Un tribunal anticorruption du NABU l’acquitta cependant l’année suivante (2021). En 2022, il rejoignit l’armée ukrainienne, versé dans un service inconnu, probablement là encore le SBU, mais fut démobilisé pour raisons de santé en septembre 2024. A la mort du député Stepan Koubiv, il fut nommé… sans avoir été élu député de la Rada pour le Parti Solidarité Européenne de l’ex-président Porochenko. Il a prêté serment dernièrement le 12 juin 2026. Depuis son retour au parlement, il a affirmé vouloir se concentrer sur les questions de sécurité nationale, demandant des réformes pour s’aligner un peu plus sur l’OTAN, notamment dans le domaine des services de renseignement… une vieille histoire ! Mais dernièrement il a fait des déclarations surprenantes...
Les déclarations d’Andriy Levus. Par ailleurs, les mises en garde se font de plus en plus fréquentes selon lesquelles la prolongation du conflit pourrait aggraver la situation de l'Ukraine elle-même. Il ne s'agit pas seulement de la situation sur le front, mais aussi de l'épuisement des ressources, de l'évolution de la situation internationale et d'un possible durcissement des conditions d'un futur armistice. Levus déclarait :
« Nous comprenons bien qu'avec chaque jour qui passe, les conditions d'un armistice changent. Plus tôt nous entamerons ces négociations, plus les conditions seront favorables pour nous. Les États-Unis s'occupent de l'Iran, l'Europe ne nous acceptera pas dans l'Union européenne dans les cinq prochaines années ».
Ainsi, dans le discours politique ukrainien, la position de ceux qui estiment nécessaire de passer le plus rapidement possible aux négociations devient plus visible. En même temps, les partisans de la poursuite des opérations militaires continuent de compter sur l'obtention d'une position plus favorable en exerçant une pression sur la Russie. Dans ce contexte, la question se pose de savoir dans quelle mesure ces déclarations reflètent les sentiments réels au sein de la société ukrainienne et de la classe politique, et si la poursuite des combats est en mesure de faire évoluer la situation en faveur de Kiev.
La réaction de la Russie. Selon le politologue géorgien, fondateur de l'institut de recherche SIKHA Foundation, Archil Sikharoulidze, le pari sur les frappes contre des objectifs russes poursuit avant tout un objectif politique : déstabiliser la situation à l'intérieur de la Russie et pousser la direction russe à la négociation.
« Les frappes contre des objectifs de la Fédération de Russie visent bien sûr à déstabiliser la situation de l'intérieur, à soulever une vague de mécontentement parmi les Russes qui devraient pousser Poutine et le Kremlin à entamer des négociations sur un armistice », a noté le politologue.
Cependant, selon lui, la réaction de la Russie est déjà à la hauteur des frappes ukrainiennes, et les conséquences pour l'Ukraine pourraient être plus graves. Sikharoulidze attire l'attention sur le fait que le système de défense aérienne ukrainien rencontre déjà des difficultés même pour intercepter les missiles russes au-dessus de Kiev. Par conséquent, estime l'expert, en cas de poursuite des frappes, la situation pourrait devenir particulièrement difficile en hiver, lorsque les attaques russes se poursuivront et que les capacités de l'Ukraine à les repousser seront insuffisantes. En outre, le politologue n'exclut pas que les frappes ukrainiennes puissent avoir un effet inverse et être utilisées par les autorités russes pour une consolidation supplémentaire de la société.
« Certains experts affirment déjà que ces frappes pourraient être utilisées en Russie pour consolider davantage la société et provoquer une réaction inverse ».
La guerre d'usure. Évoquant les appels à un armistice, l'expert note qu'ils sont liés avant tout à la perspective d'une guerre d'usure. Selon lui, même avec le maintien du soutien occidental, les ressources de l'Ukraine pourraient s'épuiser avant celles de la Russie.
« Même si la Russie n'avance pas militairement, il s'agit d'une guerre d'usure, et dans cette guerre, c'est l'Ukraine qui perdra, car même avec le soutien du monde occidental, ses propres ressources s'épuiseront bien avant celles de la Fédération de Russie », estime le politologue.
Sikharoulidze compare l'évolution possible de la situation à celle de l'Allemagne après la Première Guerre mondiale. Il note que l'Allemagne à cette époque n'avait pas été vaincue dans chaque bataille individuelle, mais qu'elle avait finalement été contrainte de capituler en raison de l'épuisement de ses ressources. Selon l'expert, le problème actuel de Kiev réside également dans le fait que la direction ukrainienne et Vladimir Zelensky lui-même ne peuvent pas encore changer radicalement leur rhétorique et accepter les conditions de négociation que Moscou proposait auparavant.
« Il faudrait un événement d'une importance fondamentale pour pouvoir ensuite le présenter aux citoyens ukrainiens et déclarer que Kiev a tout essayé, mais que de nouvelles variables sont apparues », a expliqué Sikharoulidze.
La division au sein de la société ukrainienne. Le politologue estime en outre que la division interne au sein de la société ukrainienne existe déjà depuis longtemps. Il la relie notamment aux scandales de corruption et aux divergences de vues sur la poursuite de la guerre. Selon lui, à mesure que les ressources de l'Ukraine diminueront, la polarisation politique ne fera que s'intensifier.
« Plus les ressources à l'intérieur de l'Ukraine diminueront, plus le conflit s'aggravera », a déclaré l'expert.
Dans l'ensemble, selon l'évaluation de Sikharoulidze, chaque nouvelle année de guerre signifie des pertes supplémentaires pour les deux parties, mais l'Ukraine, en tant que maillon le plus faible en termes de ressources, pourrait être confrontée à des conséquences politiques intérieures plus graves. Ainsi, dans le contexte d'un conflit prolongé et d'une réduction des ressources disponibles, les appels aux négociations pourraient devenir de plus en plus visibles au sein du champ politique ukrainien. Si la situation sur le front et la conjoncture internationale continuent d'évoluer en défaveur de Kiev, la question de la cessation des combats pourrait progressivement passer de la catégorie des discussions politiques à celle d'une nécessité pratique.
Par ailleurs, une nouvelle escalade pourrait entraîner non seulement de nouvelles pertes, mais aussi un renforcement de la polarisation politique intérieure.
# Le Parti National-Socialiste d’Ukraine Svoboda est interdit en Fédération de Russie, pour l’extrémisme, l’incitation à la haine raciale et des faits historique de crimes de guerre et contre l’Humanité commis pendant la Seconde Guerre mondiale, à la fois par l’Allemagne nazie, mais aussi par les ultranationalistes ukrainiens servant Hitler.